"C’est carrément déprimant" : des fonctionnaires en charge de la lutte contre le changement climatique disent leur dépit

jeudi 8 juillet 2021


Au sein du ministère de la Transition écologique, l’examen au Sénat d’un nouveau projet de loi fait craindre de nouvelles réorganisations alors que les services sont déjà touchés par des baisses régulières de leurs effectifs.

Pour en savoir plus, consulter l’article publié sur Franceinfo.fr le 05 juillet 2021 (mis à jour le 06/07/2021) - Temps de lecture : 8 min.


"C’est carrément déprimant" : des fonctionnaires en charge de la lutte contre le changement climatique disent leur dépit

Cette nuit-là, Julien (les prénoms ont été changés), prévisionniste à Météo France depuis une dizaine d’années, n’a pas vu l’orage arriver. Non, pas seulement les gros nuages qui s’amoncelaient derrière sa vitre. Mais surtout la charge de travail qu’il allait devoir affronter, seul de nuit, comme souvent lorsqu’il endossait le rôle de responsable régional dans le Sud-Ouest. Un avis de gros temps qui, une fois de plus, l’a obligé à se démultiplier : évaluation des risques, diffusion de l’alerte, discussions avec la gendarmerie, les pompiers, les préfectures et tous les acteurs en charge de la gestion des risques et des crises. "C’est compliqué de tout gérer. On vit des situations extrêmement compliquées, où on a l’impression de ne pas avoir fait le maximum pour notre travail", peste cet agent, à la fois las et démuni.

En cause : la baisse des effectifs chez Météo France, établissement public à caractère administratif (EPA) placé sous la tutelle du ministère de la Transition écologique. Depuis 2014, l’institut de prévisions a perdu plus de 600 postes, selon un récent rapport de l’Institut de l’économie pour le Climat (I4CE). Avant ça, quand Julien a été embauché, Météo France comptait des centres dans chaque département. Ils ont peu à peu été fermés à la faveur de centres interrégionaux.
"Des restructurations ont conduit à supprimer des implantations territoriales", concède le ministère, contacté par franceinfo. (...)

"(...)
Pour Erwan Lecœur, sociologue qui a travaillé au ministère de la Transition écologique, les agents "sont en dissonance cognitive permanente. Ils voudraient sauver le monde mais ne peuvent rien faire", explique-t-il à Reporterre. "On a des agents qui veulent mettre leurs connaissances au service du plus grand nombre, ils sont ici parce qu’ils perçoivent que c’est l’endroit où on peut faire avancer les choses", décrit Philippe Garcia, représentant du personnel (CGT) au sein du Cerema.

Et les discours politiques les confortent dans cette idée. En avril, Emmanuel Macron a demandé au monde entier d’"accélérer" sur ces enjeux. "A nous (...) de mobiliser tous les leviers dont nous disposons, l’innovation, la transformation, la régulation", lançait-il lors du sommet virtuel de Joe Biden sur le climat. Face à l’ampleur de cette tâche, les agents ne comprennent pas la baisse des moyens humains.

"On a de plus en plus de situations extrêmes avec le changement climatique. Mais avec de moins en moins de personnels, c’est du bricolage permanent ! Ça devient très compliqué de remplir les missions institutionnelles."

(...) "Le gouvernement a un double langage"

Pour Olivier Mougeot, conducteur de travaux et représentant du personnel à Voies navigables de France (VNF), c’est même déjà le cas. Faute de personnels, "les ouvrages se dégradent et on délaisse certains itinéraires de fret fluvial". L’impact environnemental est pourtant "moindre" par rapport au transport routier, souligne une étude de l’Ademe. "Il y a un double langage du gouvernement. Il prône une transition, la défense de l’environnement. Mais concrètement, on a l’impression qu’il fait tout l’inverse", dénonce Olivier Mougeot.
(...)"


Pour mémoire :
Article du magazine Reporterre publié le 6 avril 2021
"Au ministère de l’Écologie, les fonctionnaires souffrent et constatent leur impuissance"