Lycées en lutte, bâti en ruine : la jeunesse pose les questions que l’État refuse d’entendre

jeudi 1er octobre 2026

Depuis deux semaines, des centaines de lycées sont bloqués et les universités entrent dans la bataille. Le gouvernement y voit des « violences urbaines ». La FNEE-CGT y voit autre chose : une génération qui étudie dans des bâtiments qui gèlent l’hiver et suffoquent l’été, dans des établissements sans professeurs, et qui demande des comptes. Ce qu’elle dit concerne directement les agents de notre ministère.

Une révolte partie de Créteil

Tout commence le 18 septembre au lycée Antoine-de-Saint-Exupéry de Créteil. Les élèves y dénoncent l’absence de proviseur adjoint, d’infirmière scolaire, d’AESH. En quelques jours, la contestation gagne la Seine-Saint-Denis, le Val-d’Oise, puis Lille, Lyon, Montpellier, Tours.

Le 29 septembre, jour de grève dans la fonction publique, l’Union syndicale lycéenne appelle à généraliser le mouvement. Plus de 300 lycées sont bloqués ce jour-là ; l’USL en revendique 400. Le 1er octobre, une trentaine d’universités sont à leur tour partiellement bloquées, de Rennes 2 à Nanterre, de Lyon 2 à Poitiers.

Ce n’est ni une flambée isolée ni une manipulation. C’est la conséquence d’années de suppressions de postes, de classes surchargées et d’établissements laissés à l’abandon.

Ce qu’ils réclament

Les revendications varient d’un établissement à l’autre, mais le socle est commun : des professeurs remplacés quand ils sont absents, des classes moins chargées, des emplois du temps qui ne vont pas de 8 h à 18 h, des infirmières et des AESH en nombre suffisant, la fin de la pression de Parcoursup. Et partout revient la même plainte sur les murs : pas de chauffage en hiver, des salles « intenables » en juin, des fenêtres qui ne ferment pas.

Côté étudiant, l’Union étudiante, l’UNEF et la FAGE soutiennent le mouvement. L’Union étudiante et l’USL réclament ensemble un « financement massif des lycées et des universités ». L’UNEF dénonce la suppression de places dans les facs et le gel des APL.

Rien de tout cela n’est extravagant. C’est le minimum qu’un service public d’éducation doit garantir.

Le bâti scolaire, angle mort de l’adaptation climatique

Les lycéens parlent de froid et de chaleur. Ils parlent en réalité d’adaptation au changement climatique. Le rapport « L’école bien dans ses murs », publié en septembre 2025 par l’Alliance écologique et sociale, dont la CGT Éduc’Action est membre, dresse un constat sans appel : la moitié des lycées a été construite avant 1970, et près de 90 % des établissements scolaires ne répondent pas aux normes basse consommation.

Or le climat n’attendra pas. Dans une France à +2,7 °C, le nombre de jours de vague de chaleur sera multiplié par cinq ; à +4 °C, par dix. Ces projections ne sortent pas d’un tract : elles fondent la trajectoire de référence pour l’adaptation au changement climatique, construite avec Météo-France.

Des bâtiments scolaires inadaptés, c’est des cours annulés, des élèves renvoyés chez eux, une santé dégradée pour les jeunes comme pour les personnels. C’est aussi une injustice territoriale : ce sont les établissements des quartiers populaires qui cumulent vétusté et sous-investissement.

Sans ingénierie publique, pas de rénovation

Rénover des milliers de lycées ne se décrète pas. Il faut diagnostiquer l’état du bâti, programmer les travaux, choisir les solutions, contrôler leur exécution, mesurer les résultats. Cette compétence existe dans les services de notre ministère : au CEREMA pour l’expertise bâtiment et l’adaptation, dans les DDT(M) et les DREAL pour les politiques de rénovation énergétique, à Météo-France pour les projections qui fixent le niveau d’exigence.

Ces services ont été affaiblis par des années de suppressions d’effectifs. L’État a pris l’habitude de faire faire ce qu’il ne sait plus faire, en confiant au privé des missions qu’il pilotait autrefois. Résultat : les plans d’investissement annoncés se heurtent à l’absence de capacité publique pour les conduire.

La FNEE-CGT défend un ministère opérateur, qui fait plutôt que faire faire. La revendication lycéenne de rénovation thermique ne sera satisfaite que si l’État reconstitue cette ingénierie publique. Le combat des lycéens et celui des agents du MTE sont le même.

La matraque pour toute réponse

À des élèves qui réclament des professeurs, le gouvernement a répondu par la police. Le 30 septembre, 625 personnes ont été interpellées en une seule journée. À Saint-Ouen-l’Aumône, un lycéen a été blessé au visage par un tir. À Tours, un autre a été hospitalisé, blessé à la tête. L’IGPN est saisie de trois enquêtes. Des avocats des barreaux de Paris et de Seine-Saint-Denis portent plainte pour des violences disproportionnées contre des mineurs.

Le ministre de l’Intérieur parle de « violences urbaines ». Le ministre de l’Éducation promet une « plateforme de concertation ». Les deux discours vont ensemble : réprimer d’un côté, canaliser de l’autre, pour ne jamais répondre sur le fond. La FNEE-CGT refuse cette criminalisation. Les dérapages isolés aux abords de quelques établissements ne justifient ni le gazage de mineurs, ni les tirs, ni les interpellations de masse.

Les jeunes qui se mobilisent n’ont pas le droit de vote. Le blocage est souvent leur seul moyen d’être entendus. Ils méritent des réponses, pas des gardes à vue.

Converger

La FNEE-CGT apporte son soutien plein et entier au mouvement lycéen et étudiant. Elle porte avec lui :

  • un financement massif des lycées et des universités, avec les recrutements nécessaires ;
  • un plan national de rénovation écologique du bâti scolaire, financé par l’État ;
  • le renforcement des effectifs du CEREMA, des DDT(M) et des DREAL pour conduire ce plan en maîtrise publique ;
  • l’arrêt de la répression et l’abandon des poursuites contre les jeunes mobilisés.

La FNEE-CGT appelle ses syndicats et ses militantes à se tenir aux côtés des lycéens et des étudiantes lors de la journée d’action du mardi 6 octobre, et à prendre contact localement avec les sections de l’USL, de l’Union étudiante et de l’UNEF.

Ce que la jeunesse demande, c’est un service public à la hauteur des défis qui l’attendent. C’est exactement ce que nous défendons dans nos services. Leur combat est le nôtre.

Retrouver le communiqué de la FNEE :