Souffrance psychique au travail : l’IGN condamné pour défaillance !

lundi 15 juin 2026


👉 La CGT IGN prépare une consultation sur la santé au travail destinée aux agents de l’IGN qui sera lancée dès la rentrée 2026.

Communiqué CGT IGN envoyé aux personnels le 9 juin 2026 :

Les agents de l’IGN ne sont hélas nullement épargnés. La CGT de l’IGN constate un nombre grandissant de situations, de collectifs de travail et d’agentes en mal-être ces dernières années. La CGT-IGN alerte régulièrement l’administration par la Formation Spécialisée (FSSSCT, ex CHSCT) sur le manque de mesures de prévention des risques psychosociaux (RPS), sur les nombreux cas de mal-être collectifs ou individuels qui lui sont remontés, et sur le traitement et les suites inadaptées données à ces situations par l’administration.

L’administration nous assure les prendre en charge et faire le nécessaire au travers d’une Cellule de veille. Le médecin du travail soulignait dans son rapport de 2025 le peu d’améliorations pour les situations remontées oralement dans cette cellule et indiquait sa préférence pour des signalements écrits. Les agentes qui se signalent nous disent avoir peu de retours et ne constatent aucune amélioration concrète de leur environnement de travail. Parfois, ce dernier se dégrade même significativement !

La procédure de signalement reste peu claire dans l’établissement, et le traitement des dossiers n’est pas transparent. Le départ du médecin de prévention fin janvier 2026 n’est pas pour nous rassurer. La CGT-IGN continue donc de s’inquiéter de la prise en charge et la prévention réelles et avérées des situations de RPS dans l’établissement.

Nous faisons le choix aujourd’hui de partager des situations qui illustrent le manque d’attention porté par la direction aux sujets de la santé et de la sécurité au travail et - par là même - son manque de volonté de protéger les agent-e-s de l’établissement.

Nous faisons ce choix parce que le syndicat est légitime pour s’exprimer sur la situation de travail. Parce que nous sommes déterminés à ne pas laisser ces drames sans réponse syndicale. Pour ne pas laisser cette réalité invisibilisée. Pour donner l’occasion aux agents de parler de leur souffrance au travail, pour casser le sentiment d’isolement. Pour comprendre ce qui est en jeu et déconstruire les mécanismes de culpabilité.

LE CAS DE X. : LORSQUE LE TRAVAIL TUE

X., agente IGN affectée au SVRP, était en arrêt de travail. Elle s’est suicidée en 2022. La communication de l’administration s’est limitée à l’envoi d’un faire-part de décès neutre, ne mentionnant pas le suicide, et évidemment pas le lien avec le travail. Ce choix de ne pas informer les agents a pu ajouter aux collègues un sentiment d’insécurité, de non prise en compte de l’importance du sujet du suicide et de sa banalisation.

L’administration avait cependant les moyens de savoir que ce suicide puisait sa source dans le burn-out lié aux conditions de travail imposées à cette collègue comme à tant d’autres, par la réorganisation de 2019 et le changement managérial impulsé depuis.

Suite à cet évènement tragique, la CGT IGN avait demandé au Directeur général la tenue d’une séance extraordinaire du CHSCT qui s’est obstinée à jouer la montre, et a repoussé la tenue de ce CHSCT, faisant passer le message que l’employeur ne s’interroge pas sur la survenue du suicide d’une agente, et refuse de faire le lien avec l’organisation du travail et que rien ne va bouger.

Une imputabilité de service a finalement été reconnue sur cette situation. Malgré cela, rien n’a été fait par la direction de l’IGN pour reconnaître prévenir qu’une telle situation dramatique puisse se reproduire au sein des services.
« OÙ EST SIDONIE ? » : QUAND LE HARCÈLEMENT DEVIENT INSTITUTIONNEL

Le 22 avril 2021, Sidonie C., chercheuse au laboratoire LASTIG (UGE, IGN-ENSG), signale à la DRH de l’IGN par courrier recommandé une situation relevant de harcèlement et de faits d’agressions verbales, insultes, dénigrements et menaces à répétition de la part d’un collègue. Ce signalement fait suite à un premier signalement auquel la hiérarchie n’avait donné aucune suite. Ce n’est qu’avec le recommandé que la DRH réagit et notifie les membres du CHSCT. Ce signalement déclenche une enquête du CHSCT à la suite d’une décision du Directeur général de l’IGN du 21 mai 2021.

Le 14 septembre 2021, le CHSCT reconnait « l’ensemble des faits signalés » et vote des préconisations claires et structurées. Mais dans sa décision du 4 octobre 2021, le Directeur général acte de mesures ne suivant pas les préconisations qui avait été proposées. Il décide de maintenir l’agent reconnu auteur des faits au sein du même collectif de travail, et la mise en place de mesures «  d’étanchéité  » ayant pour objectif de limiter notamment les interactions entre l’agent et Sidonie C.. Des décisions sont prises par l’ENSG dans cet objectif, impactant le fonctionnement du laboratoire et de sa direction.

Ce dispositif d’étanchéité est inique et inadapté et ne peut être viable dans une situation, a minima dite de comportements inappropriés, sinon de faits de harcèlement. Le maintien de l’agent auteur des faits dans le même service que Sidonie C. et l’arbitrage de leurs présences et déplacements respectifs par leur hiérarchie est une symétrisation injuste et ne constitue pas une protection adaptée. Le dispositif mène même rapidement à l’interdiction de participer à des réunions même hors-cadre IGN pour Sidonie C., afin que le collègue reconnu comme agresseur puisse y assister. Le fait d’interdire à la victime d’être présente à des réunions pour sa «  protection  » est une violence de plus qui lui est infligée, cette fois de la part de l’administration, via l’ensemble de la chaine hiérarchique.

Il est nécessaire de préciser ici que Sidonie C. a obtenu la Protection Fonctionnelle en décembre 2021, protection qui reste une coquille vide à ce jour. La CGT IGN a alerté à plusieurs reprises, en CHSCT puis en Formation Spécialisée Santé Sécurité, sur les conséquences des décisions du Directeur général pour la santé de Sidonie C. et du collectif de travail, notamment dans le courant de l’année 2022. Le laboratoire de recherche LASTIG a également alerté au travers de la hiérarchie dans un premier temps, puis par un courrier signé d’un grand nombre d’agentes sur la persistance d’une situation délétère, l’inefficacité des mesures « d’étanchéité » et l’absence de réaction et de communication de la part de l’administration.

L’inefficacité de ces mesures s’illustre lors des Journées de la Recherche (UGE, IGN-ENSG) en 2022 où aucune protection n’est mise en place, ce qui amène Sidonie C. à se priver de participer à l’évènement malgré les nécessités de sa présence pour son travail, de peur de côtoyer son agresseur soutenu par la hiérarchie également présente. Une action de soutien à Sidonie C. consistant à coller quelques affiches « Où est Sidonie ? » est organisée ce jour-là. Un des auteurs, un collègue chercheur, se verra menacé puis sanctionné par l’IGN, sous la pression de l’agresseur et de la hiérarchie.

Le souci de l’administration ne semble pas être de protéger la victime, mais de lui faire accepter les mesures décidées par l’IGN, même si elles ne font que l’empêcher de travailler et amènent à la «  fliquer   » constamment en lui enjoignant de déclarer ses faits et gestes, que ce soit sur les sites de l’IGN ou tout site national ou international lié à son travail de recherche. Les lettres de signalement du LASTIG sont restées sans réponse, des alertes ont été envoyées aux différentes tutelles de Sidonie C. et du LASTIG. Tout en disant s’inquiéter de la situation de Sidonie C., l’administration a même renversé la situation et la responsabilité en demandant au directeur du LASTIG de « tenir ses troupes » et de laisser l’agent reconnu auteur de faits inacceptables « travailler dans de bonnes conditions ». Pendant le temps de l’enquête du CHSCT, il a même été demandé à Sidonie C. de « laisser le collègue travailler maintenant », alors même qu’elle demandait une protection concrète pour pouvoir travailler dans des conditions correctes. Cette situation d’inversion des responsabilités perdure toujours aujourd’hui, la hiérarchie IGN-ENSG du laboratoire LASTIG assumant son choix de soutenir, en dépit de tout, l’agent reconnu auteur de faits inacceptables.

Tout a été fait pour signaler, alerter, documenter et prévenir. Mais l’administration est restée sourde, n’a pas mis en œuvre les mesures nécessaires et n’a pas rempli son devoir de protection. Le ministère a également été alerté, ainsi que l’Inspection du Travail saisie sur cette situation. Où est Sidonie ? Si notre collègue est en arrêt depuis fin 2023, en Maladie Professionnelle reconnue, c’est bien à cause de la Direction de l’IGN (preneuse de décisions) et de la chaîne hiérarchique (applicatrice assumée).

Le 16 décembre 2025, le Tribunal Administratif de Melun a rendu un jugement qui reconnait l’existence d’un harcèlement moral et l’inefficacité des mesures prises par l’administration IGN. Il annule les décisions de l’IGN et de l’ENSG pour insuffisance, et demande à l’IGN de faire cesser le harcèlement moral subi et d’établir rapidement de nouvelles mesures de protection adaptées.

Ce jugement du Tribunal Administratif confirme ce que les représentants CGT dénoncent depuis des années en instances. Nous exigeons que la direction de l’IGN tire pleinement les conséquences de ce jugement et mette enfin en œuvre des mesures adaptées, basées sur les préconisations formulées par le CHSCT en 2021, en prenant en compte la dégradation des conditions de travail au LASTIG et ses agents depuis 2021, et les répercussions négatives sur le collectif et les agents ayant pris position pour soutenir leur collègue Sidonie C. Encore aujourd’hui, la gestion de cette situation indubitablement mal gérée par l’administration, pèse lourd dans l’organisation et la gestion du LASTIG, et sur les agents devant recadrer en permanence des prises de décision de l’administration.
« Cette sensation de n’être qu’un pauvre pion dénué de toute humanité » : L’HISTOIRE DE A., DE M., ET DE LEURS COLLÈGUES

Ils et elles travaillent dans un collectif de travail où, de manière cyclique, des problèmes apparaissent : les pressions s’accentuent, les relations se tendent. Cela fait des années que ces difficultés existent, mais malgré les rumeurs et les alertes, rien n’est fait pour analyser précisément les origines du problème et surtout trouver des solutions concrètes. Un signalement RPS auprès de la DRH est fait à Nantes en 2024 : la hiérarchie alerte, une de ses agentes, A., est en burn-out. Elle rédige un texte formulant des propositions pour améliorer l’organisation. A. finira par démissionner, épuisée « de devoir supporter ces méthodes de travail lamentables et cette sensation de n’être qu’un pauvre pion dénué de toute humanité. »

M., encadrant et membre du même collectif, dénonce certaines méthodes, notamment les pressions répétées sur la productivité individuelle des agents qu’il encadre. Il n’est pas le seul à tirer le signal d’alarme, mais il devient la cible de comportements dénigrants lors d’une réunion de travail en avril 2025. La CGT IGN rédige une lettre avec lui pour signaler les RPS du collectif de travail en octobre 2025. Rien n’est mis en place, sinon un « Comité opérationnel », près de 6 mois après le signalement. Ce « Comops », réunissant uniquement la hiérarchie, ne traite d’ailleurs pas vraiment des problèmes soulevés.

Cette situation illustre parfaitement les mécanismes pernicieux qui peuvent se mettre en place au sein d’un collectif de travail lorsque la hiérarchie ignore la parole des agents ou des encadrants intermédiaires. Tant que le travail est rendu à temps, peu d’attention est portée à l’état de santé des agents, et l’organisation du travail est réfléchie de manière verticale. Le silence se fait pesant, les tensions plus vivaces, les situations s’enveniment, deviennent plus dangereuses pour la santé des agents.
.

CONCLUSION

Nous restons convaincus que ces souffrances au travail ne sont pas une fatalité. Elles sont le résultat d’un système qui broie et écrase les agents, et cherche à individualiser des problématiques qui sont en réalité collectives et à isoler les personnels victimes. Il faut en parler. Le syndicalisme, et celui pratiqué par la CGT plus particulièrement, est un outil pour lutter. Nous portons un projet de société où les droits des personnes et des travailleurs doivent être respectés, où la santé physique et psychique prévale sur toute considération managériale, la qualité du travail est placée au cœur de notre environnement de travail : un cadre de travail où on se demande si chacun.e a les moyens de bien faire son travail et si celui-ci a du sens.

La CGT IGN est là pour porter les revendications des agents et se battre pour que nous puissions toutes et tous travailler et vivre en bonne santé.

La CGT IGN s’intéresse à votre santé au travail : nous préparons une consultation santé au travail destiné aux agents de l’IGN qui sera lancée dès la rentrée 2026.

La CGT IGN n’accepte pas ces violences au travail et cette souffrance. Elle alerte dans toutes les instances où elle a voix. La CGT IGN vous accompagne et vous soutient : vous n’êtes pas seules. N’hésitez pas à nous contacter à cgt@ign.fr pour signaler des situations individuelles ou collectives. Mais il est essentiel de comprendre que ce changement ne peut venir que d’un refus collectif d’un tel environnement de travail et que collectivement nous luttions pour faire valoir nos droits à la santé au travail !