
Vous trouverez ci-joint « Impulsion » (N°5 - Juin 2026), une publication de la FNEE-CGT (PDF au format A5)
Depuis janvier 2025, une ligne nouvelle s’est glissée sur nos bulletins de paie : « PSC », protection sociale complémentaire. La plupart d’entre nous l’acceptons sans y penser, comme on accepte un prélèvement de plus.
Ce cinquième numéro d’Impulsion est né d’une conviction simple : cette ligne anodine recouvre l’un des transferts de richesse les plus importants de notre époque — du collectif vers le marché, de la solidarité vers le profit.
👉 « Ce que l’histoire du mouvement ouvrier a construit dans un pays dévasté par la guerre, ce que Croizat et les militants CGT ont érigé en quelques mois parce qu’ils savaient que le temps était compté, aucune fatalité ne justifie qu’on le laisse défaire. ».
« PSC » : derrière ce sigle se cache une bascule.
La MGEN, mutuelle née en 1947 dans le prolongement direct de l’idéal de 1945, a cédé la place à Alan, start-up de l’assurance numérique valorisée cinq milliards d’euros, sans guichet, sans accueil physique, dont les dirigeants fréquentent les salons de la French Tech. Le référencement mutualiste a été résilié un an avant son terme, contre l’avis de notre fédération. Le 8 juin dernier, ce même opérateur invitait nos collègues à un « Challenge » — cinq semaines de compétition entre services, des points à collecter, un classement, une coupe. On nous propose désormais de compter nos pas en nous mesurant à Mbappé.
Ce numéro remonte le fil.
De la conquête de 1945, quand Croizat et les militants CGT érigeaient en quelques mois 138 caisses primaires dans un pays en ruines, au démantèlement méthodique qui a suivi : fiscalisation, lois de financement, exonérations patronales qui atteignent aujourd’hui 88 milliards d’euros.
Il décortique la fabrication du « trou de la Sécu » — non un constat, mais une construction hégémonique.
Il examine comment l’État-employeur organise lui-même le transfert. Et il donne à lire, à travers le rapport social unique 2024, ce que travailler dans nos ministères fait réellement aux corps : 1 108 accidents, des maladies professionnelles en hausse de 57 %, une médecine de prévention qu’on laisse mourir d’âge et de pénurie, des jours de carence qui frappent les catégories C trente-deux fois plus que les A+.
Mais ce numéro ne se contente pas de décrire une défaite. Il oppose un projet : le 100 % Sécu.
Non pas « sauver » ce qui reste — un mot qui concède déjà trop — mais reconquérir. Reconquête du financement par la cotisation, de la gestion par les assurés, de la couverture intégrale que les complémentaires ont remplacée sans l’égaler. Et avant tout, reconquête du sens commun. Car la bataille est d’abord culturelle : tant que nous croirons que le « trou » est une fatalité et la complémentaire un progrès, aucun rapport de forces ne suffira.
Ce que des hommes et des femmes ont bâti dans un pays qui n’avait plus rien, d’autres peuvent le reconstruire dans un pays qui a tout — à la seule condition de cesser de croire qu’ils ne le peuvent pas.
📍 AU SOMMAIRE :
● Éditorial, ce que la ligne « PSC » ne dit pas
● La conquête : du secours mutuel au salaire socialisé
● Le « trou de la sécu », ou comment on fabrique une évidence
● La PSC : quand l’État employeur organise le transfert
● Quand la santé devient un sport de compétition
● Le 100 % Sécu : notre projet
● Pour prolonger la réflexion


