OFB : la Ministre doit changer de braquet pour protéger ses agents

mercredi 4 février 2026

Courrier de la FNEE-CGT enjoignant la Ministre de la transition écologique à assumer ses responsabilités vis à vis des agents publics placés sous son autorité, suite à une manifestation violente de la Coordination Rurale devant un siège régional de l’OFB le 3 février.

L’État se doit de protéger celles et ceux qu’il nomme et non pas céder à la pression d’une minorité agissante. La CGT condamne l’attitude et les actes du gouvernement face aux attaques subies par les agents de l’OFB.

La FNEE-CGT demande à la ministre d’agir fermement et de se positionner publiquement car l’hésitation face aux méthodes d’intimidation n’est pas de la prudence : c’est un abandon lourd de conséquences.


Texte de la lettre ouverte adressée à la Ministre de la Transition écologique le 04/02/2026 :

.

Madame la Ministre,

.
La Fédération Nationale de l’Équipement et de l’Environnement CGT, organisation représentative des personnels des ministères de la Transition écologique, des Transports et du Logement, s’adresse à vous avec la plus grande gravité au sujet du climat d’intimidation qui vise aujourd’hui l’Office français de la biodiversité, ses agents et sa direction.

Les événements survenus à Dry, dans le Loiret, marquent un nouveau palier dans l’inacceptable.

Ce mardi 3 février 2026, la Coordination Rurale a mis ses menaces à exécution devant le siège régional de l’Office. Le bilan de cette journée est alarmant : des pneus ont été incendiés devant les grilles du site, dégageant des fumées toxiques, et une « bassine factice » a été installée pour symboliser le défi aux règles de protection de l’eau. Ces actes de dégradation et de provocation se sont déroulés sous les fenêtres d’agents dont la mission est de protéger le bien commun.

Cette une manifestation a été appelée sur la base d’un tract de mobilisation (reproduit en annexe du présent courrier) qui DÉSIGNE NOMMÉMENT ET PAR SA PHOTOGRAPHIE UNE AGENTE PUBLIQUE, MME ANNE LE STRAT, directrice générale déléguée de l’OFB, la présentant comme une « offense aux agriculteurs » dans une mise en scène visuelle à connotation violente.

Un continuum de menaces que vous ne pouvez ignorer

Ce tract ne saurait être analysé isolément. Il s’inscrit dans un continuum de menaces et de violences qui comprend :

. . . 1. La déclaration de M. Bertrand Venteau, président de la Coordination Rurale, affirmant le 19 novembre 2025 vouloir « faire la peau aux écolos » — propos ayant conduit à l’ouverture d’une enquête pénale pour provocation publique à commettre un crime ou un délit ;

. . . 2. Des dégradations d’établissements de l’OFB, des campagnes systématiques d’insultes et d’intimidation envers les inspecteurs de l’environnement, et le sabotage du véhicule d’un agent ayant failli lui coûter la vie ;

. . . 3. Des témoignages, rapportés par la presse, de dirigeants syndicaux agricoles affirmant que la base est « totalement débordée » et que certains militants « veulent poser des bombes » ;

. . . 4. Le ciblage personnel, par le tract ci-annexé, d’une femme désignée à la vindicte publique avec son nom et son visage, dans un contexte où les menaces de mort contre les agents de l’État chargés de la protection de l’environnement sont une réalité documentée.

La capitulation gouvernementale envoie un signal désastreux

Madame la Ministre, nous notons que votre réponse à cette situation a consisté, non pas à dénoncer les méthodes d’intimidation de la Coordination Rurale, mais à ouvrir une enquête administrative sur les conditions de la nomination de Mme Le Strat. Vous avez déclaré vouloir être « attentive à ce que le processus se soit déroulé dans la plus grande neutralité ».

Cette posture est, à nos yeux, UNE CAPITULATION DEVANT UNE MINORITÉ AGISSANTE qui légitime rétroactivement les méthodes d’un syndicat dont le président fait l’objet de poursuites pénales pour des menaces explicites.

En ouvrant cette enquête sous la pression, vous envoyez un message dévastateur à l’ensemble des agents publics placés sous votre autorité : celui que la violence symbolique et les intimidations sont payantes, et que l’État ne protège pas celles et ceux qu’il nomme.

Nous relevons également, avec la CGT Environnement, que la polémique a éclaté trois semaines après la publication officielle de la nomination — passée d’abord inaperçue — et au lendemain de la convocation de M. Venteau par les gendarmes. Il est légitime de s’interroger sur le caractère opportuniste de ce contre-feu médiatique. À la célérité avec laquelle le Premier ministre a saisi l’IGEDD sur cette nomination, nous opposons les années qui se sont écoulées avant que d’autres enquêtes, autrement plus graves, soient diligentées.

Nos demandes

En conséquence, la FNEE-CGT vous demande solennellement :

. . . 1. de dénoncer publiquement les méthodes d’intimidation et de haine employées par la Coordination Rurale, y compris le ciblage nominatif d’une agente publique et les appels à la violence de son président ;

. . . 2. de garantir la protection fonctionnelle de Mme Anne Le Strat et de l’ensemble des agents de l’OFB exposés aux menaces, conformément à l’article 11 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

. . . 3. de ne pas céder à la pression en remettant en cause une nomination qui a suivi la procédure administrative réglementaire, comme l’a d’ailleurs confirmé la direction de l’OFB ;

. . . 4. de rappeler publiquement que la mission de police de l’environnement est une mission régalienne d’intérêt général, et que l’État ne saurait tolérer que ses agents soient désignés comme des ennemis du peuple par quelque organisation que ce soit ;

. . . 5. de saisir la justice si les éléments constitutifs du délit de provocation à la haine, de harcèlement ou de mise en danger sont caractérisés par le tract ci-annexé et les déclarations qui l’accompagnent.

Madame la Ministre, les agents de vos ministères attendent de vous que vous les défendiez. L’hésitation face aux méthodes d’intimidation n’est pas de la prudence : c’est un abandon.

Recevez, Madame la ministre l’expression de nos salutations respectueuses.

Ivan Candé
Secrétaire Général de la FNEE CGT

Copies : SG - DRH/RS

Article lié

Enquête administrative à l’OFB, un maccarthysme à la française ?
Communiqué CGT-Environnement du 29 janvier 2026 relatif à l’enquête administrative annoncée par le Premier ministre et cautionnée par la ministre de l’écologie, suite aux injonctions d’un syndicat agricole - ayant appelé à « brûler les voitures de l’OFB », et à dissoudre l’établissement.
Cette enquête porte sur la nomination d’une spécialiste de la gestion de l’eau, ancienne conseillère municipale des Verts, à la tête d’une direction d’à peine 150 personnes à l’OFB. Le tollé autour de sa nomination pourrait paraître anecdotique, il révèle pourtant la soumission de l’exécutif aux lobbies d’une agriculture productiviste dévastatrice pour la Nature, pour la santé publique et pour le monde paysan.
Dans son communiqué diffusé aux agents de l’OFB et à la presse, la CGT Environnement condamne fermement les attaques, verbales et physiques, contre le personnel de l’OFB et demande à ce que cette enquête soit annulée. La CGT adresse son soutien à cette directrice déléguée et à tous les agents de l’OFB vilipendés par certains syndicats agricoles.
La ligne des gouvernements successifs consistant à se taire lorsque les agents de l’environnement sont victimes d’attaques, d’intimidation ou de diffamation, puis à dérouler le tapis rouge à leurs agresseurs, devient de plus en plus INTOLÉRABLE.

👉 Voir aussi en fin d’article : « La presse en parle »

Documents joints